De sang-froid, Truman Capote


Il y a quelques temps, je vous racontais comment Les Cygnes de la Cinquième Avenue m'avait fait découvrir une partie de la vie de Truman Capote, écrivain américain du XXe siècle. Et, je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais en ce qui me concerne, lorsque j'apprécie un livre qui fait référence à un autre ouvrage, ça m'émoustille. Je ne résiste pas longtemps avant de me jeter sur le bouquin évoqué. En l'occurrence, le roman de Melanie Benjamin que je viens de vous citer fait souvent référence à l'une des œuvres les plus célèbres de Mister Capote, De sang-froid, publié en 1966 et vendu à des millions d'exemplaires. Et v'la-ti pas que je me retrouve à lire ce classique de la littérature américaine, histoire d'entamer la rentrée avec un roman aussi sombre que les avis d'impôts qui pleuvent sur nos vacances d'été.

De sang-froid raconte le quadruple meurtre d'une riche famille de fermiers du Kansas le 15 novembre 1959, par deux anciens compagnons de cellule, Dick et Perry. Vous me direz qu'entre Enquêtes criminelles sur W9 et Faites entrer l'accusé sur France 2, on en a soupé des histoires d'homicides, et le rayon policier des librairies est généralement aussi touffu que la barbe de Sébastien Chabal. Sauf que, contrairement à tout ce que je viens de vous citer, la particularité du roman de Truman Capote est de ne pas du tout s'attacher au suspense autour des coupables (dont on connait l'identité dès les premières pages), qui tient généralement en haleine tout lecteur de polars.

La première partie est consacrée à la narration des dernières heures de la famille Clutter, et, en parallèle, la préparation de leur meurtre par deux jeunes hommes étant récemment sortis de prison. S'en suit l'enquête pour retrouver les deux affreux jojos qui vont errer dans tout le pays, des plaines du Kansas au désert de Mojave, du Texas aux motels glauques de Las Vegas. L'auteur raconte d'ailleurs que sur l'enseigne de l'un des hôtels où ils séjournent, "l'âge et les intempéries avaient enlevé la première et la dernière lettre - un R et un S - créant de la sorte un mot quelque peu inquiétant : OOM" (et en note de bas de page, on peut lire "ROOMS : chambre. OOM (pour DOOM) : destin"). Le livre se conclut par l'arrestation des compères et leur procès, partie pendant laquelle mon intérêt pour le livre est sans doute parti rejoindre lui aussi les cactus du désert de Mojave, je dois bien vous l'avouer, me laissant seule avec mon ennui et la réflexion sous-jacente de Truman Capote sur le lien entre la psychiatrie et la responsabilité pénale ainsi que sur la peine de mort.

La présence d'un style quasi-journalistique surprend, contrebalancée par un travail minutieux d'élaboration progressive du profil psychologique des deux meurtriers. Difficile par exemple d'être indifférent au misérable Perry, qui rêve de chasse au trésor au Mexique, de recevoir une instruction et de se pavaner "sous les feux de la rampe, jouant tour à tour de l'harmonica, de la guitare, du banjo et du tambour". Mais cette écriture bien lointaine des récits policiers haletants s'explique sûrement par la volonté de Truman Capote de créer un nouveau genre littéraire, le "roman de non-fiction", De sang-froid étant le résultat d'un travail d'investigation de plusieurs années mené avec l'aide d'Harper Lee, amie d'enfance et auteur du sublime Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Finalement proche d'un documentaire littéraire sur l'Amérique profonde de la fin des années 50, Truman Capote livre presque en toute objectivité de nombreux détails sur un malheureux fait divers, laissant le lecteur se forger une opinion sur deux malfrats, leur traitement judiciaire et l'opportunité de la peine de mort. Alors, que diriez-vous d'être juré le temps d'une lecture ?

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#roman

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