Croire au merveilleux, Christophe Ono-Dit-Biot


Je ne sais pas comment vous choisissez vos livres, cher·e·s lecteur·rice·s, mais en ce qui me concerne, j'emploie parfois une méthode - œuvres recommandées ou dont on parle beaucoup mises à part - qui peut me jouer des mauvais tours : le feeling. Pratique qui se décompose souvent de la manière suivante :

  • étape n°1 : être attirée par la couverture d'un bouquin, un visuel qui me susurre dans le silence des rayonnages "Et si tu jetais un coup d’œil sur moi ?"

  • étape n°2 : recevoir une flèche en plein cœur décochée par le titre du bouquin en question

  • étape n°3 : fondre davantage si mon libraire l'a médaillé d'un petit mot de sa patte

  • étape n°4 : ne lire que les premières lignes de la quatrième de couverture, voire les ignorer complètement si les trois premières étapes m'ont déjà conquise.

J'ai suivi deux de ces étapes pour le choix du roman dont je souhaite vous parler dans cet article : j'ai été séduite par la simplicité de la couverture des éditions Gallimard, agrémentée d'un bandeau orné d'une photo de statues antiques, et le titre, Croire au merveilleux, me plaisait bien. Hélas, trois fois hélas, mon feeling a dû perdre le nord car ma méthode de choix n'a pas été du tout concluante pour ce livre.

Croire au merveilleux s'ouvre sur un abîme de tristesse : à la suite du décès de sa compagne, César, le narrateur, veut se suicider, envie que même l'amour qu'il porte à son petit garçon ne peut résorber. Au moment où il décide de mettre à exécution sa décision, sa voisine d'en face, qu'il n'a jamais vue, contrarie ses plan en sonnant chez lui, prétextant un oubli de clés. En attendant le retour de son frère pour pouvoir retourner chez elle, elle entame une discussion avec César sur les vieux livres grecs. Persuadé qu'il a déjà rencontré cette jeune voisine ailleurs, César nous emmène dans ses souvenirs de voyage en Italie avec sa femme, et part en créer de nouveaux avec son fils en Espagne, tout en cherchant au fond de sa mémoire où il a bien pu rencontrer cette mystérieuse voisine ...

Croire au merveilleux aurait pu être un très beau roman sur l'importance des mots et des mythes pour se reconstruire après le deuil. Cette déclaration d'amour aux langues mortes comme vivantes constitue d'ailleurs le véritable point fort de ce livre : "J'aime les mots, leur sens ancien les passerelles que ça crée. L'impression d'un ordre, d'une cohérence, d'un enracinement, le seul qui tienne dans ce monde de folie.", "le passé éclaire bien souvent le présent. On y voir des parallèles intéressants, je vous assure. On est moins surpris. On anticipe, même. Les hommes changent peu. Mêmes envies de pouvoir, de guerre, d'amour.". Les déambulations dans les paysages méditerranéens sont également exquises : "Le paradis s'annonce par petites touches. D'abord, tu ne vois qu'une pancarte sur la route. Mais ni maison ni jardin. Tu t'arrêtes. Tu passes une grille, tu descends quelques marches. Et là tu sens les parfums. D'abord, ceux du romarin, de la menthe, du thym et du basilic. En profondeur, celui de la mer, dont les vagues dansent, en bas, tu le devines. En note de cœur, les citrons. Leur fief absolu."

Malheureusement, l'histoire s'enlise dans un ancrage actuel qui la dessert complètement. A mon humble avis, l'auteur aurait pu se passer des références à Daech, à la Syrie, aux attentats, qui tombent un peu comme un cheveu sur la soupe. Même si la question d'un monde plongé dans l'"hyperactualité" et qui semble - aux yeux du personnage principal - n'offrir que de sombres perspectives reste intéressante, il n'était nul besoin d'en agrémenter le récit, fort d'une réflexion sur le deuil de l'être aimé et sur nos liens nécessaires aux mythes antiques.

Ah, la lecture, c'est une question de feeling...

Et pour rester dans la même ambiance, ou presque... (Cliquez donc !)

#Deuil #Flop

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