California Girls, Simon Liberati


"Charlie était bien trop malin pour le dire ouvertement, mais Linda l'avait compris - et les autres filles l'avaient aidée à comprendre - qui il était vraiment : il était le Fils de l'Homme (Man-son), une réincarnation de Jésus-Christ redescendu sur terre pour aider une nouvelle humanité à naître. En cela il n'obéissait qu'à un seul maître : soi-même. Jésus-Christ réincarné, c'était le sens de son nom : Charles Willis Manson : Charles will is man son."

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais en ce qui me concerne, la côte ouest des Etats-Unis m'attire beaucoup. Les palmiers de Los Angeles, la baie de San Francisco, la vallée de la mort, les lumières de Las Vegas ... tant de rêves de touriste qui m'obsèdent et guident parfois mes choix littéraires. Vous imaginez donc mon intérêt lorsque je suis tombée sur un livre de poche intitulé California Girls chez mon libraire. Le côté glamour s'est un peu émoussé à la lecture de la quatrième de la couverture, dans laquelle l'auteur explique qu'il a écrit l'histoire de ce qu'on appelle étrangement un "fait divers" pour "exorciser [ses] terreurs enfantines". Le fait divers en question ? L'assassinat de Sharon Tate, femme de Roman Polanski, alors enceinte de huit mois, en 1969 par des membres de la "Famille Manson", une communauté hippie dirigée par le célèbre Charles Manson, décédé le 19 novembre 2017 à l'âge de 83 ans. Tant pis pour le côté glamour, mais tant mieux pour mon intérêt pour la psychologie criminelle, dont je vous avais déjà parlé lors d'une chronique sur Mindhunter de John Douglas.

Se pourrait-il que California Girls vienne intelligemment écorcher la ritournelle rendue populaire en France par Serge Gainsbourg : Sea, sex ... and gun ? Vérifions-le ensemble :

  • Sea ("la mer") : background indubitablement présent dans California Girls, car ce focus sur 36 heures de la vie de la "famille" Manson se déroule sur la côte californienne, aux alentours de Los Angeles. Le titre de ce roman est une référence à la chanson des Beach Boys au même intitulé (pour ceux et celles qui sont fâché·e·s avec l'anglais : les "Garçons de la plage" ) : pour l'écouter, cliquez donc sur la petite vignette en bas de cet article ! L'une des chansons du groupe, Never Learn Not to Love, s'inspire d'ailleurs d'un morceau composé par Charles Manson (Cease to Exist), musicien dans l'âme obsédé par les Beatles. Le meurtrier utilisait le titre d'une chanson des Beatles, Helter Skelter, pour évoquer le mouvement racial violent qu'il souhaite mettre en marche.

"La légende familiale racontait que Terry Melcher, l'imprésario des Beach Boys, avait voulu faire enregistrer un disque à Charlie."

  • Sex : âmes pudibondes, passez votre chemin car, pour sûr, du sexe, vous en trouverez beaucoup dans ce roman et pas forcément sous une forme agréable. La "famille Manson" étant majoritairement composée de jeunes filles hippies en proie à une fascination morbide pour Charles Manson (qui conduiront certaines d'entre elles à commettre des meurtres à sa demande, dont celui de Sharon Tate), celui-ci ainsi que les hommes proches de la communauté profitaient largement de leur liberté sexuelle affichée, pour le plus grand bonheur des maladies en tout genre : "On ne lavait pas beaucoup au ranch et les maladies vénériennes, gonorrhées, morpions, mycoses, chlamydia, crêtes de coq et autres cystites y faisaient souche comme dans toutes les communautés hippies". Appétissant, non ?

  • ... and gun ? Il a beau se revendiquer hippie, protéger les enfants et les animaux, Charles Manson n'en demeure pas moins profondément raciste et l'auteur, Simon Liberati, excelle dans l'art de raconter ses antagonismes ainsi que la violence dans laquelle baigne ce gourou et sa communauté : "Charlie avait un esprit épris d'universel, mais tendu vers l'action plus que vers la méditation, et il se sentait finalement plus proche d'Adolf Hitler que de John Lennon." En plus de partager une frustration d'artiste avec le dictateur (pour Manson, la musique ; pour Hitler, la peinture), Manson arborait lors de ses procès une croix gammée gravée au couteau sur le front.

"Comme disait Adolf Hitler : "On ne peut plus parler de hasard quand - en une seule nuit - le destin d'un pays est changé sous l'influence d'un homme." La certitude d'avoir créé une effervescence sociale durable et d'avoir bouleversé les certitudes de ceux qui l'avaient écrasé si longtemps dans leur système répressif lui donnait une force extraordinaire. Il était venu le temps où la Famille allait réveiller le monde pour le confronter à ses peurs profondes et libérer l'homme blanc de ses illusions en le rendant à la vie animale ... La guerre raciale souhaitée par Charlie, né en 1934 dans une région hantée par le Ku Klux Klan, était le préalable du retour à la nature."

Âmes sensibles s'abstenir, mais pour ceux et celles que le sujet intéresse, n'hésitez pas à craquer pour California Girls, petit roman qui se lit bien vite et qui révèle les méandres de ce sombre événement des sixties.

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