Nini Patte-en-l'air - Françoise Dorin


"- Je vous plains, dit-elle.

- Moi ?

- Vous et vos contemporains. Vous êtes des blasés. Forcément ! Tout - ou presque - était là quand vous êtes nés. Alors, vous trouvez tout normal. Nous, on voyait tout naître. Alors, on trouvait tout extraordinaire."

Envie de lever le pied ? Je vous propose mieux : une patte en l'air ! Plus précisément, une Nini Patte-en-l'air, gambilleuse de profession, ayant pris ses quartiers du côté de Montmartre dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Un lieu et une époque propices aux rêveries des lecteurs et des amoureux des arts en tout genre, à l'image des personnages incarnés par Owen Wilson et Marion Cotillard dans Minuit à Paris, qui fantasment le Paris d'antan.

Moins connue que la Goulue immortalisée par Toulouse-Lautrec pour les affiches du Moulin-Rouge, Nini Patte-en-l'air a pourtant contribué au rayonnement du french cancan en ouvrant sa propre école de danse. Dès les premiers paragraphes du roman, l'auteur dévoile la prise d'assaut de ses pensées par ce personnage haut en couleur, qui serait venu d'un au-delà spécialement pour lui susurrer ses mémoires, à charge pour l'écrivaine de les coucher sur le papier. La tâche se complique quant la narratrice se rend compte du plaisir que l'espiègle Nini prend à enrober ses histoires : comment dès lors établir une biographie fidèle de la gambilleuse montmartroise ?

"Comme les grandes douleurs, les grandes stupeurs sont muettes. Je suis incapable de prononcer un mot. Incapable de discerner nettement si Nini Patte-en-l'air est une mythomane, une mystificatrice consciente simplement comme elle me l'a annoncé au départ l'instrument innocent d'un destin espiègle."

A travers deux histoires d'amour vécues (fictivement ?) par Nini, la capitale française dévoile deux champs de construction qui la caractériseront pour les siècles à venir : d'un côté, François-Ludwig, le premier amoureux, s'enthousiasme de l'édification de la Tour Eiffel pour l'exposition universelle, pendant que Vincent, le second, se dévoue entièrement au développement de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Le métal contre la pierre, l’État contre l’Église. Entre ces deux amoureux et ces deux chantiers, le cœur de Nini balance. On prend plaisir à se perdre dans un labyrinthe narratif qui entremêle soupçons de vérité et fictions facétieuses, soufflées par Nini à l'auteur, même si, comme dans tout dédale, on finit par avoir hâte d'en voir le bout. C'est peut-être là que le bât (vu le cadre du livre, on serait même tenté d'écrire le "bas" !) blesse : quelques longueurs et une multiplicité de personnages ralentissent la cadence de ce vaudeville, pourtant finement tonifié par d'excellents jeux de mots. Tout en admirant le travail de recherche sur ces années et ce personnage plutôt méconnus, j'ai pu découvrir en lisant ce roman le talent de Françoise Dorin - décédée en janvier dernier- pour jongler avec la langue française et révéler toute sa saveur. Farce qui interroge le genre biographique, Nini Patte-en-l'air s'avère une manière originale de clamer une nouvelle fois "Paris, je t'aime".

"Après tout, les gens qui n'ont pas d'histoire ont bien le droit de s'inventer une légende."

Et pour rester dans la même ambiance, ou presque... (Cliquez donc !)

#amour #humour #Paris

© 2023 par SUR LA ROUTE. Créé avec Wix.com