Bakhita - Véronique Olmi


"Storia meravigliosa. Pour qu'une histoire soit merveilleuse, il faut que le début soit terrible, bien sûr, mais que le malheur reste acceptable et que personne n'en sorte sali, ni celle qui raconte, ni ceux qui écoutent."

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais, en ce qui me concerne, il m'arrive parfois de me goinfrer de livres sur un même thème jusqu'à plus soif. Après Beloved, Underground Railroad et La Dernière Fugitive, je poursuis ainsi mon cycle sur l'esclavage en vous causant de Bakhita, de Véronique Olmi. Contrairement aux trois livres précédemment cités dont les intrigues ont lieu en Amérique, l'histoire de ce roman se déroule en partie sur une autre pointe du commerce triangulaire, en Afrique, et plus particulièrement au Soudan.

Au Darfour, une petite fille de cinq ans est témoin d'une razzia lors de laquelle sa sœur aînée est enlevée. Deux ans plus tard, elle est à son tour kidnappée par deux hommes. Ceux-ci la vendent à des négriers musulmans à l'origine de son surnom, Bakhita, qui - ironie du sort - signifie "la chanceuse", un "nom musulman pour qu'elle devienne musulmane, mais aussi pour qu'on les confonde toutes, que personne ne retrouve personne, les cartes sont brouillées, elles font partie du grand troupeau.". On suit dès lors un parcours d'esclave décrit au départ à travers le regard d'une enfant arrachée des siens, sans plus aucun repère, ni géographique, ni linguistique. Elle s'en remet alors à un espoir indestructible, que l'auteur réussit intelligemment à transmettre au lecteur, et avec poésie : tout au long du roman, on a de cesse d'espérer que la situation de Bakhita s'améliore, tout comme ce personnage d'exception garde une confiance extraordinaire en la vie ("et une fois de plus, malgré elle, elle espère").

"Un jour elle ferme les yeux et voit son cœur. C'est un oiseau aux ailes repliées et qui dort doucement. Cette image lui fait du bien, elle est jolie comme un cadeau, mais surtout, elle signifie qu'elle n'est pas morte. Elle dort, simplement. Elle dort. Un jour, elle se réveillera."

Un style saccadé et percutant est au service d'une histoire douloureuse, ponctuée d'épisodes d'une violence parfois difficilement soutenable. Mutilation, torture, misère, violence, rien n'est épargné à Bakhita qui s'appuie sur le souvenir de personnes talismans (sa mère, sa sœur, ou encore Binah, une très jeune fille rencontrée sur un marché d'esclaves) pour résister à la cruauté parfois imprévisible de ses maîtres successifs. Face à cette inhumanité, la jeune femme s'accroche à la vie avec une hargne déconcertante pour rejoindre un destin singulier que je préfère ne pas vous révéler pour garder la surprise si vous ne la connaissez pas déjà (personnellement, j'ignorais tout de cette histoire vraie).

Un roman parfois dense mais intensément lumineux, qui permet également d'en apprendre un peu plus sur l'histoire du Soudan.

Et pour rester dans la même ambiance, ou presque... (Cliquez donc !)

#Histoirevraie

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