Un Silence brutal - Ron Rash


“Ça ressemble à quoi, le silence ?

Je leur demande de réfléchir à une réponse. Plusieurs gamins penchent alors la tête de côté, à l'écoute.

"— Ça ressemble à l'air, suggère l'un deux.

— Et à quoi d'autre ?

— A la nuit, mais où on n'a pas peur.

— Au vent quand y a pas de vent.

— Et pour vous, ça ressemble à quoi, Madame Douglas ? demande une jeune élève à sa maîtresse.

— Mmmm, fait-elle. Et si on disait à une feuille de papier sur laquelle on n'a rien écrit.

— Du papier tout blanc, lance un garçon.

— Oui, convient l'institutrice. Tout blanc.

— A des étoiles posées sur une mare tranquille.”

Deuxième livre de Ron Rash que je lis cette année mais, malheureusement, pas de deuxième coup de cœur. Après Le Chant de la Tamassee, il était difficile de faire mieux, voire, plus simplement, de faire aussi bien.

Pourtant, Un Silence brutal baigne dans la même ambiance ensorcelante, pleine de tensions humaines qui contrastent avec la paix de la nature environnante (un petit coin des Appalaches, encore une fois). Vraiment, je suis convaincue que le talent de Ron Rash réside dans sa capacité à dépeindre la beauté de la flore et de la faune américaine, à insuffler de la poésie sauvage dans le cœur gris des Hommes.

“Des tribus d'Amazonie discernent Vénus en plein jour. Mon grand-père n'avait pas besoin d'une montre pour savoir l'heure. Quoi d'autre encore pourrions-nous retrouver si nous étions plus ouverts ? Peut-être même Dieu, qui sait.”

Hélas, la "magie Ron Rash" n'a pas opéré sur moi avec ce roman malgré sa plume toujours agréable à lire. Les changements de narrateur à chaque chapitre m'ont perdue. Il me fallait attendre d'avoir lu plusieurs paragraphes pour comprendre qui parlait, et si cet effet de déstabilisation est sûrement voulu par l'auteur, il devient vite lassant pour le lecteur. Je n'ai regrettablement pas vu d'intérêt à ces inversions intempestives de narrateurs, d'autant plus que l'un d'entre eux n'apporte quasiment rien à l'intrigue, si ce n'est qu'il est le vecteur de cette dimension "nature" propre aux histoires de Ron Rash. La multiplicité de personnages m'a également déroutée mais peut-être est-ce dû au fait que je n'ai pas lu ce livre d'une seule traite. S'ajoute à ces désappointements un dénouement extrêmement plat, bien loin du coup de fouet final du Chant de la Tamassee. Au vu des nombreux thèmes injectés dans ce roman (le fléau de la méthamphétamine, les traumatismes liés aux fusillades dans les écoles, le chômage), le bouquet final aurait pu (dû ?) être assourdissant. Mais non, c'est bien un silence brutal qui m'a envahie une fois la dernière page tournée, tant la déception était grande... D'ailleurs, je ne comprends vraiment pas le choix du titre français pour cet ouvrage ; "above the waterfall" (littéralement "au-dessus de la cascade") convenait parfaitement.

Si vous avez d'autres romans de Ron Rash à me conseiller pour me remettre le pied à l'étrier, je suis preneuse car j'avais énormément apprécié Le Chant de la Tamassee et je ne compte pas m'arrêter sur ce silence brutal !

*

Un Silence Brutal, de Ron Rash, aux éditions Gallimard (272 pages, 13,99 €)

#Nature

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