Désintégration - Emmanuelle Richard


“ Je ne leur en voulais pas de venir de familles plus aisées que la mienne. Je n'avais strictement aucun a priori à leur égard, aucun ressentiment de classe d'aucun point de vue. Je n'en voulais pas aux riches de l'être. L'essentiel de mes frustrations de mon court passé était matériel. Il tenait beaucoup à la peine que j'avais toujours eue d'entendre mes parents énumérer tout ce qu'ils n'avaient pas. J'avais souffert de les voir en souffrir. A cela pouvait occasionnellement s'ajouter le fait que, depuis que j'étais arrivée dans la grande ville, il m'arrivait de ressentir une honte diffuse dans nombre de lieux où je ne me sentais pas à ma place, voire, parfois, une honte violente dans certains quartiers, magasins. Mais ça restait épisodique, même si répété, et je pensais que c'était à moi de m'adapter, que c'est moi qui n'étais pas assez quelque chose. Les quelques situations d'infériorisation que j'avais connues jusque-là, je les attribuais à des individus, non à une classe.”


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Chère Désintégration, tu n'étais pas faite pour moi. Ton statut de candidat n°4 au prix du meilleur roman 2020 des éditions Points m'a fait croiser ta route, mais, sans ce profil, je t'aurais rapidement abandonnée.


Pas de bol, je t'ai lue après l'excellent Feel Good de Thomas Gunzig, qui traite comme toi de la précarité et de ces populations qui, à force d'être grignotées, deviennent invisibles. Mais tu es paradoxalement élitiste, ce que j'ai du mal à approuver pour un livre qui dénonce les humiliations quotidiennes subies par une jeunesse au bord du gouffre. Derrière une colère sociale, ta narratrice semble refouler un ego démesuré et une soif de succès artistique qui m'ont laissée de marbre. Elle se plaint du manque de considération à son égard mais n'en a jamais pour les autres. Et intellectualiser la moindre parcelle de vie et mettre tout le monde dans le même sac, ce n'est vraiment pas ma tasse de thé.


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“ J'étais hantée par la question professionnelle depuis mes neuf ans. Elle m'était une angoisse sans nom.

J'étais obsédée par les rapports de force.

Je ne voulais pas exercer d'autorité ni en subir et je ne voulais pas de pouvoir ; j'étais obnubilée par l'idée de trouver une profession qui me positionnerait à la fois ni au-dessus ni au-dessous.”


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Je sais que la belle plume de ton autrice plaira à d'autres, mais personnellement tes étoffes pompeuses m'ont plombée. Comme j'aurais aimé être aussi enthousiaste que d'autres membres du jury ! Mais en te lisant, je ne pensais qu'à cette phrase placée dans la bouche de l'un des personnages de Zadie Smith : "J'ai horreur des gens qui parlent comme s'ils avaient avalé un dictionnaire".


Tout au long de cette lecture, j'ai eu l'impression d'errer dans une brume misanthrope dont j'avais hâte de trouver la sortie. Le roman se termine certes sur une petite pointe de lumière, mais pas suffisante pour moi.


Candidat suivant ?

Désintégration, d'Emmanuelle Richard, aux éditions Points (214 pages, 6,60 €)

Merci aux éditions Points pour l'envoi du livre dans le cadre du prix du meilleur roman 2020 des éditions Points !

Mon avis sur les autres candidats au prix du meilleur roman 2020 des éditions Points :

  1. Roissy, de Tiffany Tavernier

  2. Les Enfants de cœur, de Heither O'Neill

  3. Manuel de survie à l'usage des jeunes filles, de Mick Kitson

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