La Ballade de Lila K - Blandine Le Callet


“ On passe sa vie à construire des barrières au-delà desquelles on s'interdit d'aller : derrière, il y a tous les monstres que l'on s'est créés. On les croit terribles, invincibles, mais ce n'est pas vrai. Dès qu'on trouve le courage de les affronter, ils se révèlent bien plus faibles qu'on ne les imaginait. Ils perdent consistance, s'évaporent peu à peu. Au point qu'on se demande, pour finir, s'ils existaient vraiment. ”



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Vous prendrez bien une petite dystopie pour la rentrée ? Vu l'horizon grisâtre qui se profile, vous avez peut-être envie de lectures plus joyeuses pour traverser cette période âpre (qui vote avec moi pour élire 2020 comme année de la nullité intersidérale ?). Mais n'empêche, j'aimerais vous convaincre de glisser un petit livre dystopique dans votre pile à lire, car c'est pour une raison paradoxalement optimiste que j'aime ce genre littéraire : les dystopies nous rappellent à quel point notre liberté est un trésor fragile à chérir.


“ Je savais d'expérience que, dans un tel système, toute lutte frontale est perdue d'avance. Il valait mieux ruser. ”


La Ballade de Lila K, de Blandine Le Callet, s'inscrit parfaitement dans la grande lignée des romans d'anticipation : dans une société de contrôle où les livres sont bannis car dangereux et où les manipulations génétiques vont bon train, une fillette est brutalement arrachée à sa mère. Placée dans un centre pour suivre un protocole d'éducation et de sociabilisation sous la houlette de l'excentrique M. Kauffman, Lila n'a qu'une obsession : retrouver un jour sa mère et ses bribes de mémoire perdue. L'intrigue s'affine au gré des indices spatio-temporels que l'autrice glisse progressivement dans le récit, et c'est pourquoi je ne vous en dirai pas beaucoup plus. Mais faites-moi confiance, on s'accroche très rapidement à la plume simple et efficace de Blandine Le Callet. On la devine profondément amoureuse des mots, et si vous aimez dévorer des livres quels qu'ils soient, vous devriez apprécier toute la valeur qui leur est conférée dans ce roman par la voie du contraste.


“ La vérité sort des livres. Souviens-toi de ça : Ex libris veritas. ”


Lila a des airs de Katniss et de Defred : obstinée, rebelle, combattante, je ne peux que reprocher un langage parfois vulgaire placé dans sa bouche, qui ne m'a pas semblé en adéquation avec le personnage d'une fillette de onze ans. Mais hormis ce mini-couac, je me suis attachée à elle et à son univers apocalyptique, brillamment imaginé et dépeint par l'autrice. J'ai retrouvé cette concentration et ce souffle retenu qui avaient marqué ma lecture des Hunger Games et de La Servante écarlate. Si l'évocation de ces deux romans provoque une étincelle dans votre tête ou votre cœur, nul doute que vous apprécierez La Ballade de Lila K. Et puis, cocorico, une dystopie à la française, ça ne court pas les rues ! Alors, foncez !

La Ballade de Lila K, de Blandine Le Callet, aux éditions Le Livre de Poche (354 pages, 7,20 €)

Merci à Stéphanie pour ce beau cadeau !

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