La Bibliothèque des cœurs cabossés (K. Bivald)... et l'importance d'écouter ses envies de lecture !


“ Il y a toujours un lecteur pour chaque livre. Et un livre pour chaque lecteur. ”



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Envie d'une lecture cosy et légère pour traverser l'hiver ? De pages douillettes dans lesquelles il fait bon se glisser comme dans un bon bain chaud ? Je vous propose de faire un tour du côté de La Bibliothèque des cœurs cabossés ! La promenade vous est offerte par Katarina Bivald, écrivaine suédoise qui marie dans ce roman des références à son pays avec les ingrédients d'un "feel good movie" à l'américaine. Un mélange de cultures propice à la détente !


L'histoire démarre par une correspondance entre une vieille dame américaine, Amy, et une libraire suédoise, Sara. Vouant toutes les deux une passion pour les livres, Sara répond un jour favorablement à l'invitation d'Amy à venir lui rendre visite dans sa petite ville de Broken Wheel (un vrai trou perdu). Son voyage ne va pas tout à fait se passer comme prévu : à son arrivée, Sara apprend le décès d'Amy. Déboussolée, elle décide néanmoins de poursuivre son séjour et part sur les traces d'Amy à travers ses livres et ses amis...


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On sait bien que l'histoire n'est pas ou peu crédible. On sait bien que de la guimauve pourrait couler entre certains paragraphes, bien gavés de bons sentiments (malgré un début plutôt triste). Et pourtant, qu'il fait bon d'arpenter les rues de Broken Wheel et de découvrir ses habitants en compagnie de Sara ! Si votre petit cœur cherche une histoire confortable et une romance à la Bridget Jones, ce roman lui fera du bien. Qui plus est, si vous êtes un amoureux-se des livres, car ce roman est truffé de références à des œuvres littéraires et des auteur·rice·s bien connu·e·s ! Camilla Läckberg, Steig Larson (honneur à la littérature suédoise !), mais aussi Terry Pratchett et Proust, sans oublier la littérature nord-américaine (Ah, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur ! Ah, La Couleur des sentiments ! ), il y en a pour tous les goûts ! La Bibliothèque des cœurs cabossés fait partie de ces livres qui vous mettent en appétit pour en dévorer plein d'autres, et tant pis si l'intrigue et le style ne sont pas très profonds. Il aurait tout à fait sa place dans une catégorie d'ouvrage inventée par le personnage de Sara qu'elle intitule "pour le vendredi soir et les grasses matinées du dimanche"...


... ce qui me permet de rebondir sur un aspect de ma vie de lectrice : je réalise de plus en plus l'importance de la place à donner à ses envies de lecture, de la nécessité d'accorder le choix d'un livre avec le moment où on le lit. Lire un livre au "bon moment", c'est tout aussi important que le contenu du livre lui-même. Je pense que la saveur d'un livre dépend beaucoup de l'état d'esprit dans lequel on le lit, de l'ambiance dans laquelle on nage et de son appétit du moment. On a parfois envie d'un texte profond, avec des réflexions poussées, d'un "pavé", de personnages réalistes et complexes, d'ambiances torturées. Et parfois, d'atmosphères légères, de romances à l'eau de rose, de courtes histoires, de narration sans prétention. On a tout à gagner à écouter nos envies (ce qui ne signifie pas qu'il faut toujours rester dans sa zone de confort !) et à respecter celles des autres. Par exemple, je ne lis pas une œuvre de Toni Morisson comme je lis un roman de Liane Moriarty. Il y a une écrivaine que je réserve pour les moments où j'ai besoin de me frotter aux aspérités de l'humanité, où je souhaite sentir le monde raisonner en moi, et une autre que je lis pour la fluidité de son style, qui sied généralement à mes périodes de vacances loin de chez moi.


Tout ceci me laisse penser que le principe de la fameuse PAL – "pile à lire" , c'est-à-dire un tas personnel de livres qui attendent d'être lus – n'est pas un concept nécessairement nocif. Parce qu'il est bon d'avoir toujours le choix. On sait bien qu'imposer une lecture peut causer de gros dégâts (je suis sûre que vous avez comme moi le souvenir d'une œuvre mal digérée étudiée au collège ou au lycée !). Je ne me souviens plus où j'avais trouvé la phrase suivante, mais j'avais lu quelque part qu'offrir un livre à quelqu'un, c'est le prendre en otage (peut-être des propos rapportés par Joann Sfar ? Ma mémoire me fait défaut !). Ce n'est pas complètement faux (même si offrir une histoire est un merveilleux cadeau !) : qui n'a jamais craint le fameux interrogatoire "alors ce livre que je t'ai offert, tu l'as lu ?". Difficile de ne pas se sentir obligé·e de lire un livre qu'on nous offre, quand bien-même on est heureux·se de recevoir un tel cadeau ! Personnellement, je ressens parfois de la culpabilité de ne pas avoir encore lu des livres qu'on m'a offerts il y a des mois (voire il y a des années...). Et en même temps, ce serait dommage que je me force à les lire à un moment où "je ne le sens pas". Je sais qu'ils m'attendent au chaud dans ma bibliothèque et, qui sait, l'un d'entre eux sera peut-être l'heureux élu lors d'une future sélection de lecture.


La Bibliothèque des cœurs cabossés représente pour moi un bon exemple de l'importance de choisir son moment pour lire un livre en particulier : on ne m'a pas offert ce roman mais je l'ai trouvé dans une boîte à livres il y a plus d'un an. Il a donc patienté parmi d'autres ouvrages sur mes étagères, jusqu'à ce beau jour de décembre où, prise par une envie de lecture "facile" et rapide, je l'ai sorti de sa tanière. J'ai donc eu cette sensation agréable de l'avoir lu au bon moment. Je suis certaine que dans un autre état d'esprit, je n'aurais pas du tout apprécié ce roman.


Et vous, vous est-il déjà arrivé d'avoir le sentiment de ne pas apprécier un livre parce que vous ne l'avez pas lu "au bon moment" ? Ou, au contraire, de le savourer pleinement car il correspondait exactement à votre envie du moment ?

La Bibliothèque des cœurs cabossés, aux éditions Denoël (496 pages, 21,90 €) et aux éditions J'ai Lu (512 pages,10 €)


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