La Vraie Vie - Adeline Dieudonné


“ Pour rassurer Gilles, je faisais la grande et je chuchotais : "Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n'arrive pas dans la vraie vie." ”


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Environ trois siècles et demi après l'engouement médiatique autour de ce livre et son ovation populaire, j'ai enfin lu La Vraie Vie d'Adeline Dieudonné. Je fais toujours un peu de résistance face aux livres qu'on ne présente plus (ou qu'on présente trop) mais ma curiosité finit très souvent par prendre le dessus. Alors j'ai lu ce roman quasiment d'une traite. Je ne vois pas bien comment j'aurais pu faire autrement tant l'histoire m'a aspirée, tant la peur s'est glissée sous ma peau pour me dévorer jusqu'à la toute dernière ligne. Rarement un livre m'aura autant angoissée. Et je ne vous parle pas de ces sueurs froides qu'on aime sentir couler le long du dos lorsqu'on lit un polar ou qu'on regarde la dernière saison d'American Horror Story, je vous parle de cette terreur dont la guillotine du réel vous coupe le sifflet, de cet effroi qui paralyse face aux atrocités potentielles du genre humain.


Bizarrement, je ne sais pas si j'ai aimé ce livre. D'un côté, sa puissance m'a médusée, tout comme cette maîtrise de la construction d'un danger imminent ainsi que certaines trouvailles métaphoriques. La sortie déchirante de l'enfance et le fracas de la perte des illusions sont des thématiques qui raisonnent toujours avec force dans mon cœur de lectrice. Mais d'un autre côté, un tel malaise m'a envahie en lisant ce premier roman que j'en suis venue à me demander si j'étais encore capable de lire sur mon temps de loisir des fictions traitant d'hommes qui aiment se nourrir de la souffrance des femmes. Adeline Dieudonné restitue avec justesse ce sentiment d'être parfois (souvent ?) une proie, le poussant même jusqu'à son paroxysme, mais le manichéisme entre les personnages féminins et masculins m'a perturbée. Par son rythme et sa tension, cette lecture m'a rappelé Chanson douce de Leïla Slimani, mais à la différence de ce dernier, il m'a manqué cette graine de réflexion qui pousse le lecteur à s'interroger sur les contours du bien et du mal.


Est-ce que ma saturation en ce qui concerne les scènes de violences psychologiques et physiques envers les femmes justifie que je m'éloigne des histoires abordant ce fléau ? C'est finalement cette réflexion que je retiendrai après avoir lu La Vraie Vie. Je suis bien curieuse de découvrir ce que vous en avez pensé, et surtout, ce que vous en avez retiré.

La Vraie Vie, d'Adeline Dieudonné, aux éditions de l'Iconoclaste (270 pages, 17 €)


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