Préférer l'hiver - Aurélie Jeannin


“ L'hiver nous enserre totalement. Je le connais bien. Sur les parois de notre cabane, je dessine son décorum. Les arbres sont dénudés. Le paysage est une sorte de bichromie qui décline toutes les variantes possibles de blanc et de noir. Il se passe moins de choses, il y a moins de bruits, et c'est extraordinairement apaisant. ”



*


Depuis quelques années, je commence à trouver certains charmes à une saison que j'ai peu apprécié pendant longtemps : l'hiver. Il existe mille raisons de le détester : le froid, la grisaille, les rhumes, les intempéries, les longues nuits... Dans Préférer l'hiver, Aurélie Jeannin nous en donne mille de l'aimer, dans une ambiance mélancolique enveloppante.


L'histoire, contée par une narratrice dont on ne sait pas grand chose si ce n'est qu'elle traverse un deuil avec sa mère en vivant dans la forêt, ravira les esprits contemplatifs. Les mots utilisés par l'autrice pour décrire la recherche d'une communion avec la nature sont choisis avec une minutie qui force l'admiration. Sa plume est aussi délicate et ciselée qu'un flocon de neige. Au gré des observations de la narratrice, on laisse son cœur se remplir d'une sérénité et d'une sensibilité troublantes. Les phrases s'égrènent au rythme lent de la saison, les mots s'écoulent et viennent emmitoufler notre imagination.


Aurélie Jeannin tisse les subtilités de l'hiver pour créer un fragile cocon dans lequel évoluent ses personnages et au sein duquel il fait bon se réfugier, bien qu'il ne protège pas tout à fait du danger. Les adeptes du minimalisme y trouveront sans doute de quoi renforcer leurs convictions. Plus que le dépouillement, c'est l'invitation au ralentissement qui m'a séduite dans ce livre. L'autrice joue avec le temps comme elle le ferait avec un accordéon, elle restreint ou agrandit les espaces au rythme d'un souffle qui se fait lent et rapide à la fois.


Préférer l'hiver est un premier roman poétique réussi qui donne envie de réfléchir à sa propre définition de l'essentiel. C'est aussi une magnifique ode à la lecture et à l'écriture. C'est doux et déroutant. C'est beau, tout simplement.


*


“ Maman distingue les écrivains et les romanciers. Elle dit que les romanciers savent raconter des histoires. Que ce qui importe aux écrivains, ce sont les mots, leur enchaînement et leur rythme. Ceux qui excellent dans les deux, elle les appelle les auteurs. Et j'adore la voir savourer leur oeuvre auprès du feu. ”

Préférer l'hiver, d'Aurélie Jeannin, aux éditions Harper Collins (226 pages, 17 €)

Merci à la maison d'édition pour l'envoi du livre !

10 vues

© 2023 par SUR LA ROUTE. Créé avec Wix.com