Une certaine Annie - P.J. Vernon


Nom d'un serial killer en grève ! S'il y a une chose qui me donne envie d'hurler autant qu'un loup-garou en pleine métamorphose un soir de pleine lune, c'est bien une fin ratée. Vous voyez, quand les 95 % d'un livre sont bons mais que les dernières dizaines de pages déconcertent à s'en décrocher la mâchoire ? C'est la mésaventure que j'ai vécue en lisant Une Certaine Annie, de P.J. Vernon. Du coup, difficile de rédiger un avis satisfaisant à propos de ce roman que j'ai trouvé très bien... à 95%.


Les bons ingrédients étaient pourtant réunis : une structure classique mais efficace (ah, les romans polyphoniques !), des personnages crédibles (ah, les riches familles américaines au bord du scandale !), une ambiance moite, feutrée mais haletante (ah, les marais de Caroline du Sud !) et surtout un point de départ appétissant : la disparition incompréhensible de Paul Godfrey, personnage public convoitant une place au Congrès, et ce, le soir de Noël... Alors que dire quand seul le dénouement vient gâcher le plaisir éprouvé pendant quasiment toute une lecture ? Est-ce un argument suffisant pour ne pas recommander un livre ?


Lorsque je lis un thriller, je crains deux issues potentielles : le twist plat "tout ceci n'était qu'un rêve" et le ressort psychiatrique. Je suis peut-être exigeante, mais lorsqu'on m'appâte avec une histoire mystérieuse de disparition ou de meurtre, j'ai besoin que le livre se conclut par une explication à la hauteur de l'énigme qui est racontée. J'ai besoin que les indices qui sont dispersés dans l'intrigue s'imbriquent les uns avec les autres, comme un beau rubik's cube dont la résolution qui paraît simple demande pourtant une gymnastique intellectuelle. J'ai besoin d'avoir cette sensation que j'aurais pu résoudre l'enquête mais que l'auteur·rice m'a brillamment semée dans son labyrinthe narratif.


Malheureusement, avec Une certaine Annie, P.J. Vernon ne m'a pas brillamment semée. Au contraire, c'est comme s'il m'avait donné malgré lui la combine pour sortir directement du dédale dans lequel il m'avait plongée. Comme si, arrivée à mi-chemin, j'avais une vue directe sur la sortie alors que j'aurais préféré me perdre dans des embranchements, des impasses et des fausses pistes. Il n'en reste pas moins que j'ai passé un bon moment de lecture... Mais c'est comme faire du bowling avec les rigoles bouchées : le plaisir du strike n'est pas aussi intense que lorsque le risque de tomber dans la faille existe.


Et pour vous, quels sont les critères d'un thriller réussi ?

Une certaine Annie, de P.J. Vernon, aux éditions de la Martinière (400 pages, 22 €)

Merci à l'agence Anne & Arnaud pour l'envoi du livre !

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