Zabor ou les psaumes, Kamel Daoud


"Ecrire est la seule ruse efficace contre la mort. Les gens ont essayé la prière, les médicaments, la magie, les versets en boucle ou l'immobilité

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais je pense être le seul à avoir trouvé la solution : écrire."

Voilà, vous avez tout le bouquin résumé dans l'extrait ci-dessus. Je vais même vous la faire encore plus courte : nombrilisme et masturbation (intellectuelle). Jugement sans pitié, n'est-ce pas ?

Pourtant, ça partait bien, l'histoire était accrocheuse : dans un village algérien, Zabor, un jeune homme rejeté par son père et mis à l'écart de sa communauté, est persuadé que le temps de vie des villageois est relié à sa capacité d'écriture. Quand la mort vient frapper à la porte du noyau familial dont il a été exclu, on le somme d'écrire afin de raviver son père mourant.

"Une histoire peut vous laisser le souffle coupé ? Donc elle peut vous redonner le souffle si vous êtes mourant."

Et puis, en plus de ce point de départ aguicheur, on ne peut s'empêcher d'être frappé·e par la qualité du style d'écriture, le récit étant raconté du point de vue de Zabor. Cependant, ce style s'avère au fil des pages surchargé et pompeux. Oserais-je le qualifier d'élitiste ? Il encombre trop rapidement la lecture, qui devient fastidieuse, et dessert la beauté et la poésie de l'histoire dont il aurait pu être question. En lisant ce livre, j'avais l'impression d'être face à un brouhaha intérieur incessant. Comme le moulin des pensées qui s'active avant de trouver le sommeil. Vous savez, celui qui vous dit aussi bien "est-ce que j'ai bien fermé la porte d'entrée à clés ?" que "suis-je heureux·se dans ma vie ?", ou encore "elle était vachement bonne la mousse au chocolat de ce midi !". D'ailleurs, le narrateur décrit parfaitement ce processus lui-même : "D'où vient ce verbiage dans ma tête que rien n'arrête ? Colère et dents serrées. Derrière le don bavard, une sobre certitude, parfois masquée, parfois tenace, qui me répète ce que me dit mon père depuis toujours : je suis tordu."

329 pages sur ce ton, de description minutieuse d'un long processus de découverte et d'appropriation de la lecture et de l'écriture, ce fut trop pour moi. Le fil rouge sur le pouvoir de la langue - écrite ou parlée - aurait pu être somptueux, mais son raccrochement au sexe m'a complètement perdue. Je sais bien que la lecture peut être un plaisir solitaire, mais tout de même, lier le rapport intime aux livres au sexe purement charnel, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Heureusement qu'il reste une douce description d'un village algérien dans lequel nous plonge Kamel Daoud, et des références littéraires (Les Mille et Une Nuits, Robinson Crusoé) qui réconcilient avec le plaisir des livres, quelque peu esquinté par la lecture de Zabor ou les psaumes.

Et pour rester dans la même ambiance, ou presque... (Cliquez donc !)


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