14 juillet - Eric Vuillard

14/07/2018

"Avec emphase, on nous enseigne le règne de chaque roi, ses épisodes : la prise du pouvoir par Louis XIV, la réforme du royaume, le bon Colbert, la Régence, la guerre de succession d'Autriche, l'attentat de Damiens, le départ de la Pérouse. Mais on ne nous raconte jamais ces pauvres filles venues de Sologne et de Picardie, toutes ces jolies femmes mordues par la misère et parties en malle-poste, avec un simple ballot de frusques [...] Nul n'a jamais écrit leur fable amère."

 

Quel beau défi que de vouloir conter l'histoire de la prise de la Bastille, événement qui fait bourdonner les oreilles de tout élève dès qu'il maîtrise son alphabet et qu'il connaît ses tables de multiplication, à tel point que ce grand épisode de l'Histoire française est devenu pour la plupart d'entre nous inodore, incolore et sans saveur. Ou alors, il y a Tata Roberte ou Oncle Geoffrey qui, pour pimenter un repas de famille qui traîne en longueur, sont toujours là pour répéter les deux anecdotes qui collent aux basques de cette date emblématique :

  1. Le 14 juillet, jour de la fête nationale française, on ne célèbre pas la prise de la Bastille qui a eu lieu le 14 juillet 1989, mais la Fête de la Fédération qui s'est tenue le 14 juillet 1790 (si vous voulez vous aussi vous la péter comme Tata Roberte ou Oncle Geoffrey, regardez donc cette vidéo drôle et ludique)

  2. Seuls 7 prisonniers étaient enfermés dans la Bastille le 14 juillet 1789 (et manque de bol pour eux, ils ont été rattrapés et réincarcérés la semaine qui a suivi leur libération).

Après tout, que sait-on du déroulement de la journée du 14 juillet 1789 ? Pas grand chose, n'est-il pas ? Eric Vuillard se donne donc pour mission de revivifier ce jour de gloire : "Il faut écrire ce qu'on ignore. Au fond, le 14 Juillet, on ignore ce qui se produisit. Les récits que nous en avons sont empesés ou lacunaires. C'est depuis la foule sans nom qu'il faut envisager les choses. Et l'on doit raconter ce qui n'est pas écrit."

 

Derrière la prise de la Bastille se cache ainsi cette grande notion de "peuple" que l'auteur tente de désanonymiser. Tout comme Paris s'appuie sur une addition de noms de rues, la foule repose sur une somme de patronymes qui ne seront jamais cités dans les livres d'histoire et dont on doit pourtant l'un des grands chavirements de l'Histoire française :  "La grosse gueule s'ouvre pour la première fois avec autant de souffle et de culot. La volonté du peuple vient de faire son entrée dans l'Histoire."

 

"Des milliers d'hommes et de femmes, d'enfants, saccagèrent le palais. Ils voulaient faire chanter les lustres, ils voulaient danser parmi les voilettes, mais surtout, ils désiraient savoir jusqu'où l'on peut aller, ce qu'une multitude si nombreuse peut faire."

 

Si la réflexion sur la force du collectif aurait pu être intéressante, et bien que la tentative de narration de la prise de la Bastille soit admirable, ce court roman n'est pas parvenu à maintenir en éveil mon attention. Une lecture facile mais qui tombera malheureusement vite aux oubliettes ... n'en déplaise aux fantômes des cachots de la Bastille.

 

Et pour rester dans la même ambiance, ou presque...  (Cliquez donc !) 

 

Tags:

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

Please reload

© 2023 par SUR LA ROUTE. Créé avec Wix.com