Khalil - Yasmina Khadra


"Ce qui se passe est l'aboutissement logique d'un processus aussi vieux que l'instinct grégaire : l'exclusion acerbe les susceptibilités, les susceptibilités provoquent la frustration, la frustration engendre la haine et la haine conduit à la violence. C'est mathématique."

Troublant. Dérangeant. Inquiétant. Trois petits mots pour un roman traitant d'un sujet bien lourd : le terrorisme. Hop là, ne fuyez pas à la lecture de ce mot ! Je vous vois déjà à la recherche d'un sujet un peu plus appétissant que celui-là et je ne vous blâme pas. D'ailleurs, lorsque j'étais tombée sur ce livre en librairie, je l'avais aussitôt reposé à la lecture du synopsis : le 13 novembre 2015, Khalil est sur le point de passer à l'acte ; le corps entouré d'une ceinture d'explosifs, il s'apprête à se faire sauter dans une station de RER pour participer à la vague d'attentats qui déferlera sur Paris lors de ce jour sanglant.

Sauf que.

Sauf que lorsque Khalil souhaite déclencher son funèbre attirail, celui-ci ne fonctionne pas, le laissant penaud au milieu d'une ville qu'il ne connaît pas, lui qui a grandi dans un lieu qui fait frissonner autant que les événements précités : Molenbeek.

Dans ce récit narré du point de vue du jeune homme, Yasmina Khadra (dont je n'avais lu aucun autre ouvrage auparavant) plonge le lecteur dans un raisonnement glaçant, en prenant soin de renoncer à la facilité de la caricature. C'est là que se situe l'épicentre de ce roman : le malaise diffusé à travers l'humanisation du personnage. Passé le cap du manque de crédibilité en raison du langage soutenu utilisé le narrateur (mais après tout : pourquoi pas ?), cette spirale infernale happe autant qu'elle désarçonne.

Est-il utile de préciser que cette immersion dans la peau d'un terroriste kamikaze, fortement recommandée par ma super libraire qui m'a convaincue de lire cet ouvrage, ne peut laisser indifférent ? Lors de cette lecture éprouvante, j'étais prise dans une dynamique assez paradoxale : je ne voulais pas l'abandonner et dans le même temps, j'avais hâte de la finir pour en sortir. Une expérience perturbante qui semble s'inscrire dans la lignée des mots d'Antoine Leiris, à graver dans nos cœurs : vous n'aurez pas ma haine.

#Guerre

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