Dîner avec Edward - Isabel Vincent

10/12/2018

 "Edward n'était ni un snob ni un insupportable fin gourmet. Il aimait simplement faire les choses dans les règles de l'art. Il attachait une grande importance à tout ce qu'il créait - que ce soient les meubles de son salon ou ses écrits. Il avait fabriqué et tapissé lui-même tout le mobilier et rédigeait ses poèmes et ses nouvelles à la main, transcrivant patiemment chaque version sur du papier blanc non ligné jusqu'à ce qu'il juge le résultat assez bon pour être dactylographié par l'une de ses filles. Il traitait la nourriture avec la même minutie, bien qu'il s'y soit mis plutôt tard dans la vie, à soixante-dix ans passés. "Paula a fait la cuisine pendant cinquante-deux ans, et un jour je lui ai dit simplement qu'elle avait assez bossé, et que c'était à mon tour." "

 

Nom d'un d'une soupe aux larmes (de peine ou de joie, c'est au choix !) ! Que diriez-vous d'aller manger toutes les semaines chez un nonagénaire qui habite en face de Manhattan ? Au menu : plats faits maison accompagnés de breuvages de qualité, discussions sur le sens de la vie et de l'amour, un soupçon d'humour et quelques miettes de mélancolie.

 

Edward, l'inventeur de ces recettes raffinées, vient de perdre le grand amour de sa vie, Paula, qui lui a fait promettre de continuer à vivre sans elle. A contrecœur, Edward s'accroche donc à la vie, tout comme Isabel, une amie de sa fille qu'il invite régulièrement à dîner. Reporter d'investigation au New York Post, cette quadragénaire voit ses neuf ans de mariage battre de l'aile et cherche à se faire une place au sein de la Grosse Pomme qu'elle empoisonne d'un gros manque de confiance en elle. Après chaque dîner (les différents menus étant les intitulés des chapitres de ce roman), elle reçoit une lettre manuscrite de la part d'Edward comportant les recettes réalisées ainsi que des "des leçons de vie [...] directes et sans préambule". Car si ce dernier semble jouer les Pygmalions, il révèle également au fur-et-à-mesure de leurs rendez-vous une grande ouverture d'esprit et une bienveillance chaleureuse.

 

La localisation de l'intrigue dans un endroit de New York rarement mis en avant dans les fictions m'a particulièrement plu : l'autrice a disséminé dans la narration de nombreuses informations sur Roosevelt Island, une petite île entre Manhattan et le Queens connue pour avoir abrité une prison et un asile d'aliénés. Les références à Gatsby et aux chansons d'Ella Fitzgerald ajoutent un petit charme rétro aux repas concoctés par Edward. Destinés à redonner le goût à la vie à nos deux protagonistes, ils mettent également l'eau à la bouche du lecteur.

 

"Les gens sont trop obnubilés par la recherche d'expériences et ils ont l'impression que s'ils ne vivent pas sur le fil du rasoir, ils ne sont pas vivants, m'avait-il dit un jour. Ils ne savent pas tirer parti du quotidien : il leur faut gravir l'Everest."

 

Pas de quoi casser trois pattes à un canard (laqué, de préférence), mais ce petit livre pourrait plaire aux âmes piquées de spleen, à la recherche de lumières aussi chatoyantes que celles de Manhattan par-delà l'East River et des plaisirs aussi simples que ceux que procurent un bon repas.

 

 

 

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