Swing time - Zadie Smith

18/02/2019

 "Malgré tout, j'en savais plus que Tracey : je savais qu'il y avait quelque chose qui clochait dans ses notions rigides — musique noire, musique blanche — et qu'il devait y avoir un monde quelque part dans lequel les deux se mélangeaient."

 

Plus de dix ans après avoir lu L'Homme à l'autographe, j'ai renoué avec l'écriture de Zadie Smith en me plongeant dans Swing Time. C'est très étrange de retrouver les caractéristiques d'une écriture longtemps après l'avoir apprivoisée. Je suis ainsi incapable de restituer l'intrigue de L'Homme à l'autographe et pourtant, je me souviens exactement de son empreinte mélancolique. Cette atmosphère de brouillard cérébral se retrouve dans le nouveau roman de Zadie Smith et n'est pas sans rappeler la météo de Londres, ville dans laquelle l'écrivaine britannique aime faire flâner ses antihéros.

 

Dans Swing Time, deux petites filles métisses se rencontrent dans un cours de danse implanté dans un quartier populaire de cette capitale. Alors qu'elles n'ont d'yeux que pour Fred Astaire, Gene Kelly ou encore Michael Jackson, la vie leur fait prendre des chemins différents : la narratrice devient l'assistante d'une célébrité tandis que Tracey peine à percer sur les planches du West End. 

 

J'ai été déçue que le fil rouge de la danse soit très décousu. L'intrigue s'y rattache ponctuellement alors que le titre du roman m'avait laisser penser que les arts de la scène constitueraient un solide arrière-plan. Ils ne sont au final qu'un prétexte pour évoquer d'autres thèmes : l'amitié, la célébrité, le rapport aux parents, le racisme et l'identité.

 

"La valeur du travail était pour mon père une notion dans laquelle il croyait dur comme fer, à l'instar de ma mère qui était convaincue que les principes les plus importants étaient culture et couleur de peau."

 

A travers des personnages très crédibles, Zadie Smith offre également une réflexion sur les classes sociales digne des films de Ken Loach, mais j'ai été gênée qu'elle papillonne de thème en thème. Cet éparpillement auquel s'ajoutent quelques longueurs empêchent le livre de dégager un message fort alors que la plume est agréable à lire. 

 

Reste que Zadie Smith possède un réel talent pour décrire les relations vénéneuses, celles auxquelles on s'attache tout en ayant connaissance de leur toxicité. L'amitié instable entre la narratrice et Tracey happe tout autant qu'elle met mal à l'aise, et le choix d'une narration non-linéaire m'a convaincue de pas abandonner en cours de route les élucubrations des protagonistes. Je crains cependant que Swing Time ne soit mon dernier pas de danse avec Zadie Smith ...

 

"Je ne redoutais plus l'autorité de mes parents mais le fait qu'ils puissent déballer au grand jour leurs peurs profondes, leur tristesse et leurs regrets."

 

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