Lettre aux hommes (mais pas que)

26/04/2019

Dites donc, Messieurs, sans mauvais jeu de mots sur vos attributs, il y a un truc en ce moment qui me turlupine. Je n’arrivais pas à mettre le doigt dessus, puis Beyoncé est arrivée, et la lumière s’est faite.

 

Oui, vous avez bien lu. Beyoncé, la pop star qui fait débat en matière de féminisme. Son nouveau film Homecoming, sur son dernier concert à Coachella, est sorti sur Netflix. Je me suis précipitée dessus. Et là – BAM – début de concert explosif, avec une Queen B en mode guerrière, maîtrisant parfaitement ses chorégraphies, dévoilant comme toujours une confiance en elle et surtout en son corps à faire pâlir tous les Marquis de Sade (saisirez-vous cette subtile référence ?). Deuxième claque une heure plus tard, quand elle explique en voix off combien son corps a morflé lors de sa deuxième grossesse, combien il est difficile de conjuguer vie de mère de famille et ambitions professionnelles, combien de sacrifices elle a dû faire pour retrouver un corps capable d’assurer un show à la hauteur des attentes de son public. Mazette, si même Beyoncé rencontre des problèmes de synchronisation entre son esprit et son corps… 

 

Mais ce n’est pas tout. Quelques jours plus tôt, mon attention avait été attirée par une interview de Sophie Turner, l’actrice incarnant le personnage de Sansa Stark dans la série Game of Thrones. Elle révélait l’épisode de dépression qu’elle a dû traverser en raison de sa notoriété, dépression due notamment à des critiques sur les réseaux sociaux à propos de son nez et de sa prise de poids au fil des années de tournage. Rappelons qu’au début de la série, elle avait 15 ans. Elle en a maintenant 23.

 

Bon, les gars, je ne vais pas tourner autour du pot : comment ça se passe de votre côté avec votre corps ? Est-ce qu’il vous arrive aussi d’être tiraillé par ce duel interne entre votre moi physique et votre moi psychique ? Si oui, pourquoi est-ce qu’on n’en cause pas (plus) ?

 

C’est peut-être que je ne lis ou que je ne regarde pas ce qu’il faut, mais je ne peux pas m’empêcher de constater que le sujet du rapport des femmes avec leur corps prend beaucoup de place. Du coup, ça m’interroge. Je vous passe les détails sur les pressions de toutes parts nous enjoignant de modeler un corps répondant à des critères aussi nombreux et aussi lourds que des mauvais tweets de Donald Trump.

 

Cela va plus loin.

 

Dans le camp adverse se trouve une expression merveilleuse, le nouveau Saint Graal de notre société : le lâcher-prise. Des voix s’élèvent pour qu’on s’auto-foute la paix, créant presque une injonction à contre-courant du carcan du corps parfait. Mais ça prend aussi du temps et de l’énergie de faire la paix. Si vis paces para bellum : si tu veux la paix, prépare la guerre.

 

Entre conquête de son propre corps et soif de réconciliation avec celui-ci, le cœur (et la volonté) balance(nt). Ce n’est pas simple tous les jours. J’envie les femmes pour qui ce rapport au corps est un non-sujet, mais, à mon humble avis, elles ne doivent pas être nombreuses. En tout cas, à l’échelle de mon entourage, cette théorie se vérifie. Les complexes, les prises de tête sur le poids, sur l’alimentation, sur l’exercice physique, j’en parle avec mes amies, mais jamais avec mes amis. Avec mes collèguEs, mais pas avec mes collègues. Je retrouve ces sujets dans les paroles publiques de célébrités féminines, à l’image de Beyoncé et de Sophie Turner, mais rarement dans celles de vedettes masculines.

 

Pourquoi ? Par pudeur ? Ou bien existe-t-il une raison plus sournoise qui s’est insinuée dans nos vies de femmes ? Est-ce qu’entre hommes, à part vous encourager à faire plus de sport et/ou à vous vanner sur vos éventuelles poches à bière, vous vous avouez comme nous le faisons vos moments de faiblesses, ces instants où le corps vous semble un traître ? 

 

J’ai l’impression que nous sommes des milliers de femmes à rechercher cette douce amitié entre notre enveloppe corporelle et notre « moi » interne, mais, Messieurs, je suis bien en peine de savoir si cette question vous travaille autant que nous. Alors je jette cette bouteille à la mer. Je sais bien que vous ne serez pas nombreux·ses à lire ces quelques lignes. Elles sont peut-être maladroites, trop généralistes ou dichotomiques mais je reste convaincue que plus on parlera de cela tou·te·s ensemble, mieux ce sera. Alors, toi qui lis ces lignes, qui que tu sois, quel que soit ton sexe, balance ton com.

 

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