La Nuit des béguines - Aline Kiner

13/05/2019

“Le roi a voulu le grand béguinage pour accueillir les pieuses dames. Tant de femmes se retrouvent seules. Des épouses de chevaliers condamnées au veuvage par les croisades et les guerres privées, des jeunes filles nobles qui ne peuvent se marier ni entrer dans de dispendieux monastères faute de dot. Et de plus pauvres encore, qui travaillent comme cardeuses ou tisserandes dans les ateliers de laine alentour et sont soulagées de rentrer chaque soir à l'abri de ses hauts murs.

 

La vie est parfois faite de drôles de coïncidences, et nos lectures n'échappent pas à ces synchronicités réjouissantes. Vous voyez ces petits moments que vous seul·e pouvez percevoir, quand votre livre en cours parle d'un personnage, d'un lieu, d'un événement et que ce détail vient bizarrement faire une incursion dans votre vie réelle ? La surprise est diablement jouissive. Alors, même lorsque les circonstances sont plutôt sombres, il faut en profiter.


Paris est un ventre où tout se digère.

 

En l'occurrence, le jour de l'incendie de Notre-Dame de Paris, je lisais La Nuit des béguines, d'Aline Kiner. Alors que les flammes léchaient la cathédrale et nos écrans, elle était plus que jamais vivante dans les pages que je tournais. Et quel plaisir de serpenter à travers un Paris médiéval, joie à laquelle m'avait initiée Victor Hugo dans le premier classique que j'ai lu de sa plume, Notre-Dame de Paris ! Le talent d'Aline Kiner réside dans sa capacité à donner vie à une période que nous rangeons généralement sous l'étiquette très floue de "Moyen-Age" . L'histoire se déroule plus particulièrement sous le règne de Philippe Le Bel, souverain qui peine à rayonner autant que son aïeul Saint-Louis. La communauté inclassable des béguines (peu connue du grand public — et c'est cette mise en lumière qui fait tout l'intérêt de ce roman) se bat pour continuer à échapper à l'autorité des hommes. Institution religieuse ni séculière ni moniale — les béguines ne sont pas cloîtrées, le béguinage surprend par son indépendance et par les graines de féminisme qu'il fait germer.

 

Toute femme n'étant ni épouse ni nonne est suspecte. Surtout lorsqu'elle s'acharne à prêcher, usurpant les privilèges du clergé. Et des hommes.

 

Si le travail de recherches historiques de l'autrice doit être salué, j'ai malheureusement été gênée par des aspects de forme de ce roman. Un peu plate et décousue, l'intrigue aurait mérité un rythme plus soutenu afin de rendre l'expérience de la plongée dans cette communauté encore plus immersive. Alors que la galerie des personnages était pleine de potentiel, leurs interactions restent ternes. Le vocabulaire est riche, mais le style plutôt froid : si on sent une véritable passion de l'autrice pour cette époque, son détachement vis-à-vis des protagonistes m'a déroutée. Je ne regrette pas cette lecture car elle est une source d'informations incroyable sur un sujet peu traité, mais la plume ne m'a pas happée. 

 

Comme d'habitude, en matière de romans dont l'histoire se déroule au Moyen-Age, j'ai pour vilain défaut de garder en tête la saga des Rois Maudits de de Maurice Druon qui m'avait énormement plu. Ce rapprochement m'avait amenée à une déconvenue sévère lors de la lecture des Piliers de la terre de Ken Follett... déception renouvelée avec cette Nuit des béguines ! Au suivant ?

 

La Nuit des béguines, d'Aline Kiner aux éditions Liana Levi (336 pages, 22 €)

 

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