Vers la beauté - David Foenkinos

05/05/2019

"Elle comprenait la puissance cicatrisante de la beauté. Face à un tableau, nous ne sommes pas jugés, l'échange est pur, l'oeuvre semble comprendre notre douleur et nous console par le silence, elle demeure dans une éternité fixe et rassurante, son seul but est de vous combler par les ondes du beau."

 

Cela va peut-être vous paraître étrange, mais il y a parfois des chroniques que j'ai envie d'écrire tout en rechignant dans le même temps à poser des mots sur mon avis, tellement je suis bousculée, tellement il m'est difficile de vous traduire mon ressenti. Paradoxalement, après avoir lu Vers la beauté de David Foenkinos, paru dans la collection Folio le 2 mai dernier, une voix interne me susurrait "Tu ne peux pas écrire sur ce roman" pendant qu'une pensée plus forte s'imposait : "Tu dois écrire sur ce roman". 

 

Parfois, la vie nous surprend par de drôles de synchronicités. Parfois, une lecture vient vous harponner au plus profond de votre être alors que vous ne vous y attendiez pas. Parfois (que dis-je – souvent !), elle fait écho à des aspects de votre vie avec un silence assourdissant. Parfois, on en voudrait presque à un auteur d'être aussi clairvoyant, tout en étant dévoré·e par l'envie de lui clamer un énorme merci. 

 

Dans les premiers chapitres, j'ai cru retrouver le ton léger et mordant d'un autre roman de David Foenkinos, Le Mystère Henri Pick. Après le monde littéraire, l'auteur s'attaque au monde de l'art. Tout le monde en prend pour son grade, dans un style cinglant et jouissif : les visiteurs dans les musées, les gardiens, les guides, les étudiants en art, les professeurs, et puis, bien sûr, les artistes. Avec un point de départ intriguant : quelle mouche a donc piqué Antoine Duris, ce professeur aux Beaux-Arts de Lyon qui plaque tout pour devenir gardien au musée d'Orsay ?

 

"De sa position assise, il allait parcourir l'étendue de la sociologie humaine. Certains ne disaient pas "J'ai visité le musée d'Orsay mais "J'ai fait Orsay", un verbe qui trahit une sorte de nécessité sociale ; pratiquement une liste de courses. Ces touristes n'hésitaient pas à employer la même expression pour les pays : "J'ai fait le Japon l'été dernier..." Ainsi, on fait les lieux maintenant. Et quand on va à Cracovie, on fait Auschwitz."

 

Après m'avoir un peu perdue dans quelques développements assez convenus sur la rupture amoureuse, voilà que l'auteur m'emporte dans un virage à 180 degrés. L'histoire prend un tournant mélancolique, puis dramatique. Impossible de lâcher le livre. D'abord en apnée, c'est le souffle coupé que je tourne la dernière page. 

 

Alors, voici le(s) merci(s) que je voudrais clamer à David Foenkinos : merci de m'avoir rappelé que la beauté sauvera le monde. Merci de croire en la puissance du syndrome de Stendhal tel que Catherine Meurice l'a magnifié dans son album La légèreté. Merci de m'avoir redonné foi dans le choc esthétique, quel que soit sa forme : musical, littéraire, cinématographique, pictural. Merci pour cette lumière dans les ténèbres. Merci pour cette étincelle de vie, tout simplement. 

 

Vers la beauté, de David Foenkinos, aux éditions Gallimard (224 pages, 19 €) et Folio (256 pages, 7,40€)

Un grand merci à l'équipe Folio pour l'envoi du livre et pour l'organisation de la rencontre avec l'auteur

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

Please reload

© 2023 par SUR LA ROUTE. Créé avec Wix.com