Des Fleurs dans le vent - Sonia Ristic

24/06/2019

“On se lâchera pas, répond Jean-Charles. On se dit un truc, d'accord ? Quoi qu'il arrive à un de nous trois, où qu'on soit obligé d'aller, on se lâche jamais.”

 

Summer, Jean-Charles, Alain-Amadou. Trois amis, trois décennies, un quartier : celui de la Goutte d'Or à Paris. Vous avez tiqué sur leurs prénoms ? Leur histoire vous sera contée dans le tendre roman Des Fleurs dans le vent, lauréat du Prix Hors Concours 2018. Parmi les 40 extraits proposés cette année-là tirés de livres francophones issus de l'édition indépendante, c'est ce récit qui avait particulièrement attiré mon attention. Dans mes notes pour me souvenir de tous les extraits lus, j'avais écrit : "coup de cœur pour le côté mordant, pour le style moderne bourré d'humour décapant". Une appréciation dont je peux dire après lecture intégrale de l'oeuvre qu'elle s'applique au livre entier.

 

“Sur la pointe des pieds, l'enfance s'en va.”

 

Des années 80 à 2007, on suit le parcours de cette drôle de "créature mêlée emmêlée à trois têtes" que forme le trio d'amis, à la base trois gamins voisins vivant dans un même immeuble à l'angle de la rue Myrha et du boulevard Barbès. Trois individus dans la société française, trois fleurs dans le vent auxquelles on s'attache le temps d'un roman (qui se lit très vite !). Grâce à une écriture originale et vivante, Sonja Ristic transforme l'ordinaire (l'époque, le lieu, les personnages) en exceptionnel et dresse un portrait doux-amer de la République française en questionnant subtilement la thématique de l'identité. Au-delà, l'autrice démontre un grand talent pour peindre le monde et les époques qu'il traverse par petites touches originales et pertinentes : des faits divers, des tubes musicaux, des événements sportifs, des scandales politiques...

 

“Ils ne se souviendront pas de ce que l'abolition de la peine de mort en France a provoqué dans les esprits, ni de la guerre des Malouines, ni de la mort de Brejnev. Trop petits pour comprendre quoi que ce soit à l'assassinat de Bachir Gemayel à Beyrouth et aux massacres de Sabra et Chatila. De cette prime enfance, il ne leur restera que des mots, des noms, sans émotion particulière à y associer, comme les paroles d'un tube en langue étrangère : Irak-Iran-Liban-Thatcher-Reagan-Chabadabada-IRA-Ulster-Afghanistan-lalala... Ils se souviendront de certaines choses, allez savoir pourquoi celles-ci vont rester, vont les marquer, des images d'enfants noirs squelettiques, des mots Biafra, sécheresse et famine, des chansons passant en boucle à la télé et à la radio dont les recettes étaient censées sauver ces enfant, ils se souviendront d'E.T. bien sûr, d'Albator le capitaine corsaire, des pas de danse géniaux de Michael Jackson et de ce mot qui sonne comme un prénom de femme mais dont on parle avec crainte, SIDA.”

 

Par l'intermédiaire des grandes étapes qui jalonnent le début d'une vie que sont l'enfance et l'adolescence, Sonja Ristic jongle avec le temps pour le laisser s'évaporer dans une amitié marquante, et ce, de manière dynamique et entraînante. Une brise de fraîcheur littéraire particulièrement agréable pour débuter l'été !

 

Des Fleurs dans le vent, de Sonja Ristic, aux éditions Intervalles (224 pages, 18 €)

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