C'est toi, Maman, sur la photo ? - Julie Bonnie


“Depuis la tournée sur les routes enneigées, j'ai eu plusieurs vies, plusieurs métiers, un amour, des enfants, des années de psy, j'ai maigri, puis regrossi, j'ai fait une dépression, j'ai hurlé, j'ai gigoté, je me suis battue, j'ai toujours fini par payer mon loyer, de justesse, j'ai agi avant de réfléchir, j'ai créé des psychodrames, j'ai été coupée en deux par l'angoisse. Dans l'agitation frénétique, un pas en avant, dix pas de côté, cinq en arrière, trois de travers, deux qui s'enfoncent, je suis arrivée à quarante-six ans.”

Vous souvenez-vous de l'ado que vous étiez ? Quel regard portez-vous sur lui ou sur elle aujourd'hui ? Fier ? Compatissant ? Attendri ? Honteux ? Dans son récit autobiographique intitulé C'est toi, Maman, sur la photo ?, Julie Bonnie s’attelle à l'exercice difficile du farfouillage de souvenirs pour se connecter à l'adolescente qu'elle a été. Et le moins qu'on puisse dire, c'est ce que ce voyage est original puisque Julie faisait partie d'un groupe de musique underground qui l'a menée sur des sentiers inattendus. Depuis Tours, la ville de son enfance, jusqu'au fin fond de l'Europe, elle partage avec tendresse et nostalgie cette épopée dont il ressort une quête de soi teintée de mélancolie.

“Depuis un an, je travaille à ce récit et j'ai déjà bien remué les souvenirs, j'ai passé un temps certain avec mes personnages. Seulement voilà, l'écriture permet une distance, un point de vue, un angle, qui donne la possibilité d'un éloignement émotionnel, la création de personnages, même dans un récit, même lorsqu'on parle de "réalité". Trois pirouettes, deux changements de prénom, une excuse maladroite pour éviter les sujets qui fâchent, et, en un tour de passe-passe, derrière mon écran, je parle d'un monde assez éloigné de moi pour que j'arrive à survivre à sa description.”

Ce décorticage d'une "sortie en furie de l'enfance" est peut-être l'aspect du récit qui m'a le plus plu. Rébellion par la musique, course vers l'indépendance, jeunesse enragée... une foule de sentiments en parfaite adéquation avec les temps forts qui marquent la vie d'un groupe : concert à Berlin en 1991, enregistrement d'un album, représentation incongrue devant une secte... Malheureusement, au-delà de ce mouvement introspectif, il se dégage du style détaché de l'autrice une vague de frustration parfois oppressante, heureusement compensée par le regard affectueux qu'elle porte sur la jeune femme qu'elle a été.

Les références vestimentaires et musicales qui m'ont échappé ne m'auraient pas dérangée si elles n'avaient pas été accompagnées de railleries crues à connotation sexuelles qui émaillent les dialogues. La restitution d'une époque et d'un style de vie, sans doute, mais des filles qui s'appellent entre elles "ma salope", "ma grosse" ou même "poufiasse", dans un élan viscéralement antibourgeois, ce n'est pas trop ma tasse de thé... mais au fond, peut-être l'autrice a-t-elle réussi son coup en choquant la femme classique et conventionnelle que je suis certainement ?

Enfin, je dois avouer que je suis extrêmement sceptique quant au choix de la couverture du livre qui est en grand décalage avec son contenu rock/grunge/punk. J'aurais plaisir à découvrir d'autres livres de Julie Bonnie car son style fluide est agréable à lire, mais je ressors de cette lecture avec la sensation qu'elle n'était pas faite pour moi. Ce sont des choses qui arrivent, n'est-ce pas ?

C'est toi, Maman, sur la photo ?, de Julie Bonnie, aux éditions Globe (208 pages, 19 €)

Un grand merci à l'agence Anne & Arnaud pour le livre et la rencontre/concert avec l'autrice !


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