Des jours sans fin - Sebastian Barry

19/08/2019

Quand je me retourne sur ma cinquantaine d'années, je me demande comment elles ont passé. Comme ça, j'imagine, sans que j'y prête vraiment attention. La mémoire d'un homme contient une centaine de jours, alors qu'il en a vécu des milliers. C'est ainsi. On dispose d'un stock de jours, qu'on dépense comme des ivrognes sans cervelle.

 

Nom d'un frère Dalton intelligent ! Je sais pas vous mais, perso, je trouve qu'on peut reconnaître un bon livre au fait qu'on y pense même lorsqu'on n'est pas en train de le lire. Vous voyez, cette impression d'être hanté·e par une histoire et de songer aux personnages comme on penserait à des êtres bien vivants de chair et d'os ? Et bien, c'est exactement dans cet état que m'a plongée le roman Des jours sans fin de Sebastian Barry.

 

Comme le monde, l'Amérique était imprévisible et brutale. Elle allait de l'avant.

 

J'ai mis un peu de temps à me glisser dans l'histoire, mais une fois que je m'y suis installée bien confortablement, je ne pouvais pas la quitter. Je vivais avec la voix de Thomas McNulty tapie au creux de mon oreille et de mes pensées, et j'ai eu un pincement au cœur quand j'ai dû dire au revoir à ce doux narrateur qui m'a fait traverser le temps d'un roman les plus belles contrées d'Amérique. Dans les années 1850, chassé par la famine irlandaise, notre héros traverse l'Atlantique pour venir tenter sa chance aux Etats-Unis. En chemin, il rencontre le beau John Cole qui deviendra l'amour de sa vie. Engagés dans l'armée, ils combattront d'abord les Sioux (à contre-coeur)  puis les Confédérés. De guerre en guerre, de massacre en massacre, Thomas retrace ainsi leurs aventures de soldats, l'adoption de leur fille indienne Winona, sans omettre une découverte personnelle : sa passion pour porter des vêtements féminins.

 

Je me sens plus femme que je me suis jamais senti homme, alors que j'ai été soldat la plus grande partie de mon existence. Je finis par croire que ces Indiens vêtus de robes m'ont montré la voie. M'ont prouvé qu'on pouvait toujours enfiler un pantalon et partie en guerre. C'est quelque chose qu'on a en soi et qu'on peut pas étouffer.

 

Il se dégage de ces pages une poésie très particulière qui contraste beaucoup avec la violence des événements vécus par les personnages. La capacité du narrateur à dépeindre la beauté des paysages des Etats parcourus est saisissante, tout comme sa simplicité pour relater son goût pour le travestisme et son histoire d'amour avec un homme, ce qui ne manque pas de surprendre au vu du contexte dans lequel se déroule l'intrigue. Tout est raconté avec une pudeur et une sincérité qui rendent le récit addictif et les protagonistes attachants. Du Missouri au Wyoming, de la Virginie au Tennessee, toute l'imagerie de l'Amérique au XIXème siècle s'offre au lecteur : cavaleries, forts, bisons, Apaches, Comanches, Sioux, saloons, diligences et chercheurs d'or... un grand voyage littéraire dont il est difficile de revenir !

 

Et vous, cela vous arrive-t-il d'être hanté·e par une histoire même lorsque vous n'êtes pas plongé·e dans les lignes qui la décrivent ?

 

*

 

Des Jours sans fin, de Sebastian Barry, aux éditions Folio (304 pages, 7,90 €)

Un grand merci aux éditions Folio pour l'envoi du livre !

 

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