Le Dit du Vivant - Denis Drummond


“ Nous sommes nés du chaos autant que le récit de notre création va naître du langage. ”


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Pas facile de rendre compte d'une lecture qui m'a fait osciller entre admiration et agacement, entre curiosité et lassitude. Le Dit du Vivant, de Denis Drummond, est un roman à part au point de départ intriguant : un tremblement de terre frappe tragiquement le village japonais d'Atsuma et exhume accidentellement une sépulture très ancienne, que la scientifique Sandra Blake, accompagnée de son jeune garçon autiste, va étudier pendant six années.


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“ De mon côté, j'ai beaucoup de mal à voir autre chose que de la science dans ce que nous découvrons. Elle avance, inexorablement, plus implacable que la justice, n'écoutant ni religion, ni croyance, ni supplique. Ses erreurs sont les nôtres. ”


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Le récit est si réaliste que je me suis demandé quelle part de vérité il contenait. Une note en début ou en fin d'ouvrage aurait vraiment été la bienvenue pour indiquer que la catastrophe d'Atsuma a réellement eu lieu (mais pas la découverte de la nécropole, née de l'imagination de l'auteur). A moins que l'auteur parte du principe que le lecteur est doté d'une culture qui lui permette de connaître cet évènement ?


C'est peut-être cela qui m'a le plus gênée : une impression de ne pas pouvoir faire partie du public visé par ce livre, tant certains passages m'ont semblé élitistes et inaccessibles (ce dont j'aurais peut-être pu me douter au vu du titre, qui me paraît encore insaisissable). Le récit est aussi bien construit qu'une excellente dissertation : six parties, cinq sous-parties, mêlant récits, journal intime, articles de presse et correspondances. Mais au lieu d'un beau patchwork qui m'aurait permis de m'immerger dans une histoire prenante, l'ultra structuration de la narration et les descriptions scientifiques minutieuses m'ont rendue hermétique aux propos de l'auteur. J'ai également regretté un traitement de l'autisme un peu maladroit.


C'est dommage, car l'inventivité et les projections de Denis Drummond forcent le respect. Il se dégage de ce roman une belle réflexion sur ce qui échappe au temps et sur l'écriture. Le vertige procuré par la balance entre l'infiniment petit (comme l'ADN) et l'infiniment grand (l'histoire de l'humanité), entre le chaos et l'ordre, entre l'individuel et l'universel, est happant, mais malheureusement insuffisant pour s'attacher aux personnages et susciter une émotion à la hauteur des enjeux sur lesquels se penche l'auteur. Conclusion ? Un livre pas fait pour moi, mais qui pourrait bien plaire aux amoureux des fictions très réalistes saupoudrées de réflexions philosophiques.


“ Je prends conscience que la capacité des hommes à adopter une théorie dépend de sa compatibilité avec la représentation qu'ils se font du monde et de la place qu'ils y occupent. ”

Le Dit du Vivant, de Denis Drummond, aux éditions Le Cherche Midi, (288 pages, 19 €)

Merci à la maison d'édition et à l'agence La Bande pour l'envoi du livre !