Le Syndrome de Petrouchka - Dina Rubina


“ Plus tard, quand j'ai dû devenir le médecin traitant de Liza, après tout ce qui s'est passé, et que la moitié de notre vie s'est envolée, j'ai longuement réfléchi à eux deux. Que signifiait, ou plutôt, que signifie ce lien douloureux à mourir, à pleurer, qui les unit ? Et je n'ai compris que récemment que nous tous, qui nous moquions de cet attachement "larmoyant" de Petia, qui le charriions, qui tournions notre index sur la tempe , nous avons eu la chance dans notre jeunesse d'être témoins, dans l'ombre, d'un amour élevé, et je dirais aujourd'hui, d'un amour tragique. ”


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Nom d'une matriochka enneigée ! Premier livre terminé en 2021, première belle découverte ! Si vous cherchez une lecture qui sied à la période hivernale et que vous n'êtes pas allergique aux histoires d'amour dramatiques, Le Syndrome de Petrouchka, de Dina Rubina, pourrait bien vous apporter de belles heures de lecture. Ce roman vous donnera assurément envie de faire crisser vos bottes dans les rues blanches de Prague et de suivre les pas des personnages qui peuplent ce conte pour adultes. De Jérusalem à Sakhaline, de Berlin à Lviv, tous vos sens seront en émoi. Ce n'est pas bien grave si certains lieux vous sont totalement inconnus : laissez-vous guider par cette fabuleuse voix de la littérature russe qu'est Dina Rubina, qui possède un talent incroyable pour livrer des cartes postales olfactives, visuelles et auditives. Et pour vous tenir en haleine avec un fil directeur original et osé : le théâtre de marionnettes.


Difficile de résumer l'intrigue tant elle s'avère bien plus riche que telle qu'elle est annoncée : Petia, artiste marionnettiste réputé, ne vit que pour deux raisons : ses pantins et l'amour de sa vie, Liza. Ils forment d'ailleurs à deux un numéro fortement acclamé lors duquel Liza imite une poupée qui s'anime à la fin de la représentation. Tout bascule le jour où Petia diminutif de Petrouchka, le Polichinelle russe décide de fabriquer une marionnette à l'image de Liza lorsque celle-ci ne peut plus monter sur scène. Voilà qui est audacieux comme point de départ, non ? Il peut autant intriguer que rebuter, mais je conseille vivement aux amateurs de personnages finement complexes de lui laisser sa chance.


Le style de l'autrice est unique et poétique : sa plume semble forgée dans un feu qui crépite autant qu'il consume. Elle insuffle la vie à ses personnages comme Petia à ses marionnettes, et nous voilà, humbles lecteurs, tirés par d'extraordinaires ficelles littéraires aux fibres mythologiques variées (coucou Pygmalion, bonjour le Golem) ! Le Syndrome de Petrouchka ne plaira pas à tout le monde tant à cause du rythme choisi que par les sujets difficiles qu'il aborde, mais il est à l'image de poupées russes : il va de surprise en surprise. Un conte d'amour infiniment beau et triste, une tragédie shakespearienne version russe à ne pas manquer, à condition d'accepter d'être déboussolé.

Le Syndrome de Petrouchka, de Dina Rubina, aux éditions Macha (512 pages, 21,50 €)

Merci à l'agence La Bande et aux éditions Macha pour l'envoi du livre !