Normal People - Sally Rooney


“ Tout le monde fait semblant de ne pas savoir que leur vie sociale obéit à une hiérarchie, où certains sont tout en haut, où d'autres se bousculent à mi-hauteur, et où les derniers se débattent tout en bas. Marianne se voit parfois tout en bas de l'échelle, mais certains jours elle se voit complètement détachée de l'échelle, non affectée par ses mécanismes, puisqu'elle se fiche d'être appréciée et ne fait rien pour l'être. De son point de vue, les avantages apportés par l'échelle sont loin d'être évidents, même pour ceux qui sont tout en haut.”


*


Audacieux, addictif, libidineux, intimiste, impudent, explosif. Comme vous le voyez, ce ne sont pas les qualificatifs qui me manquent pour vous parler de Normal People de Sally Rooney. Ce qui est étrange, c'est que tout au long de ma lecture, j'ai été perturbée par le fait d'être aussi accro à un style pourtant simple. Pas de grandes phrases, pas de construction narrative originale, ni même une histoire atypique. Oui, mais Sally Rooney a ce "truc" qui vous embarque, ce rythme qui vous entraîne. C'est comme écouter "I can't get no satisfaction" (un titre qui siérait tout aussi bien à ce roman d'ailleurs !) des Rolling Stones : impossible de pas se caler au tempo, impossible de ne pas l'avoir dans la tête.


On rentre dans l'histoire comme on s'attablerait devant un inconnu qui déciderait de nous raconter une histoire passionnante dans un sombre café. On ne voit pas les minutes défiler, on s'attache aux personnages. A l'impopulaire et riche Marianne, qui dévore Proust lors de ses temps libres au lycée. A Connell, le fils de la femme de ménage de la famille de Marianne, plus apprécié mais tout aussi inhibé. On se prend au jeu de cette passion sulfureuse qui les lie, de cette étrange dynamique qui les anime.


“ Il portait leur secret comme on porte quelque chose de grand et chaud, un plateau plein de boissons brûlantes qu'il faut trimballer partout sans jamais le renverser.”


Alors voilà, même si l'écriture de Sally Rooney est un tantinet trop cinématographique, j'ai dévoré Normal People. Je l'ai aimé pour ce qu'il raconte d'une génération, pour ce qu'il dit du passage à l'âge adulte, entre miettes de bonheur et débris de mal-être. Finalement, ce n'est pas la chanson des Rolling Stones qui m'est resté en tête une fois la dernière page tournée. C'était le générique de Skins, une série télévisée britannique sur la vie de lycéens que j'avais engloutie alors que je terminais à peine mes années lycée. Reste à savoir si j'oserais regarder l'adaptation en série de Normal People, tant je crains d'être déçue. Si vous l'avez lu et/ou vu, je suis preneuse de vos avis !

 

Normal People, de Sally Rooney, aux éditions de l'Olivier (320 pages, 22 €)

Merci à la maison d'édition pour l'envoi du livre !