Petit déjeuner chez Tiffany - Truman Capote


“ J'ai aussi essayé l'aspirine. Rusty pense que je devrais fumer de la marijuana, et je l'ai fait un bout de temps, mais ça me donnait seulement la danse de Saint-Guy. Ce que j'ai trouvé de mieux c'était de prendre un taxi et d'aller chez Tiffany. Ça, ça me calme immédiatement. La sérénité, l'air de supériorité. On a le sentiment que rien de très mauvais ne pourrait vous atteindre là, avec tous ces vendeurs aimables et si bien habillés. Et cette merveilleuse odeur d'argenterie et de sacs en crocodile. Si je pouvais trouver dans la vie un endroit qui me procure la même impression que Tiffany, alors j'achèterais quelques meubles et je baptiserais le chat.”



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Après Atticus Finch et Gatsby, Holly Golithly a rejoint le panthéon de mes héros de la littérature nord-américaine, non seulement pour le personnage en lui-même mais aussi pour tout ce qu'il raconte d'une époque et du destin de l’œuvre dont il est issu.


Si je vous parle de Petit déjeuner chez Tiffany ou de sa célèbre adaptation cinématographique Diamants sur canapé, je suis sûre que c'est la frimousse d'Audrey Hepburn qui vous vient en tête, ainsi que son indémodable robe fourreau noire (merci Monsieur Givenchy !). En réalité, Truman Capote, l'auteur de cette nouvelle, souhaitait que le rôle de la fantasque et impertinente Holly Golightly soit confié à Marilyn Monroe. Tout comme l'actrice brune se distingue de la mythique blonde, les différences entre le livre et le film sont fascinantes. Là où Truman Capote raconte les confidences d'une prostituée à un homosexuel, le réalisateur Blake Edwards nous livre une idylle hétérosexuelle entre un écrivain et une jeune femme sophistiquée. Ah, Hollywood !


Néanmoins, les deux œuvres sont savoureuses. Ayant vu le film bien avant de lire le livre, j'ai adoré pouvoir faire le rapprochement entre certains paragraphes et des scènes d'anthologie. Je pense notamment à la sérénade dans les escaliers de secours et au lèche-vitrine devant Tiffany. Jugez-en plutôt par vous-même ci-dessous !


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“ J'appris aussi qu'elle avait un chat et jouait de la guitare. Les jours où le soleil tapait dur, elle se lavait la tête, et elle et le chat, un matou, écaille et tigré, s'installaient ensemble sur l'échelle d'incendie pendant que ses cheveux séchaient au son de la guitare. Chaque fois que j'entendais la musique j'allais m'asseoir sans bruit près de ma fenêtre. Elle jouait très bien et parfois aussi elle chantait.”


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“ Je sortis sur le palier et me penchai au-dessus de la rampe, assez pour voir sans être vu. Elle était encore dans l'escalier mais présentement la bigarrure de ses cheveux de garçon, coulées fauves, mèches d'un blond blanc et d'un blond jaune, accrochèrent l'éclairage du palier. La soirée était chaude, proche de l'été, et elle portait une mince et fraîche robe noire, des sandales noires, un collier de chien de perles. En dépit de son élégante minceur, elle gardait l'air de santé des petits déjeuners aux flocons d'avoine, l'air de propreté des savons au citron et des joues assombries d'un rouge sommaire. La bouche était grande, le nez retroussé. Une paire de lunettes noires obturait ses yeux.”



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Le "chat" est aussi toujours de la partie, pour mon plus grand bonheur ! Et New-York se fait encore une fois le décor idéal d'un chef-d’œuvre qui, je l'espère, traversera encore des décennies.


Petit conseil de lectrice de derrière les fagots : si vous aimez Petit déjeuner chez Tiffany, n'hésitez pas à ajouter Les Cygnes de la cinquième avenue à votre pile à lire. Vous en saurez plus sur Babe Paley qui, loin d'Audrey et de Marilyn, a été la source d'inspiration de Truman Capote pour modeler cette fameuse Holly Golightly. J'espère que je vous ai donné l'envie de faire sa connaissance !

Petit déjeuner chez Tiffany, de Truman Capote, collection Folio (192 pages, 7,50 €)

Merci à l'équipe Folio pour l'envoi du livre !

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